La nouvelle vague du surf en Iran
29
mars.2018

La nouvelle vague du surf en Iran

Farid, de Téhéran, a appris à surfer à Ramin, un village situé à l’extrême sud-est de l’Iran, sur le Golfe d’Oman et il nous montre comment le surf s’est développé le long de la côte iranienne au cours de ces dernières années avec le soutien de BIC Surf. Une belle histoire de passion au pays des Mollahs.

Source: GOOD Worldwide media.

"Le surf peut inspirer un sens de la communauté tout en aidant les gens à faire l’expérience de l’environnement et à l’apprécier."

Farid Gorgin

C’est un bel après-midi d’été sur la plage, avec une brise légère et la lumière du soleil qui scintille sur le sable. Dans l’eau, un groupe s’agite sur des planches de surf. Ils s’éclaboussent, rament et crient en riant. Hommes, femmes et enfants dérivent ensemble en une petite flotte qui attend la prochaine vague.

Exceptés quelques détails – les interminables dunes de sable, quelques palmiers et des bateaux de pêcheurs en arrière-plan – cette scène d’après-midi en bord de plage pourrait se passer n’importe où, de Malibu à Mexico. Mais en fait, ce petit coin de plage est très loin de la portée de la plupart des projets de vacances des Occidentaux.

C’est Ramin, un village se trouvant au sud-est de l’Iran sur le Golfe d’Oman, à moins d’une heure en voiture de la frontière avec le Pakistan. Située dans la province de Sistan et Baloutchistan, cette zone est considérée comme l’une des plus dangereuses au monde. C’est un endroit où la tradition fait encore la loi. Cette région est très loin de l’Occident, mais aussi de Téhéran et de ses environs cosmopolites à 1.800 kilomètres (environ 19 heures en voiture !) plus au Nord.

Rien de tout cela ne perturbe Farid Gorgin, jeune homme de 28 ans né à Téhéran qui a appris à surfer ici il y a quatre ans. Wakeboarder professionnel avec sa propre entreprise de design marketing et de vêtements, il s’est battu pour se lancer dans le surf.
« Les vagues déferlent sur vous et vous vous [demandez si] vous devez aller les affronter ou venir vous échouer sur la plage, » raconte-t-il lors de ses premières sessions de surf.
Mais malgré tout, c’était une attraction obsédante à laquelle il ne pouvait pas résister.

 

 

Farid effectua plusieurs voyages au cours des étés suivants et il tomba sous le charme de Ramin. « L’atmosphère ici est incroyable » se souvient-il. « J’avais le sentiment que c’était mon deuxième foyer, et les gens d’ici sont ma deuxième famille. Ils rient tout le temps, même s’ils ne vous connaissent pas. Ils sont vraiment accueillants. »

Et ce ne sont pas seulement les Téhéranais et les visiteurs de Chabahar – une ville portuaire agitée toute proche – qui ont fait de Ramin une nouvelle destination de surf. « Pendant la saison de surf, de mai à septembre, vous verrez de nombreux surfeurs du coin profiter des vagues ou se détendre sur la plage » raconte Farid.

Pourtant, il y a moins de dix ans, peu de gens à Ramin – et encore moins dans le reste de l’Iran – savaient qu’ils pouvaient surfer les vagues dans leur pays.

 

 

Surfeurs

Fin 2010, tout changea lorsque la surfeuse professionnelle et professeur irlandaise Easkey Britton arriva à Ramin avec d’autres femmes, quelques planches de surf, et une caméra. Elles ouvrirent un atelier de surf improvisé pour les habitants de Ramin et partagèrent des clips vidéos en ligne. Ces aperçus de ce qui était possible - même pour ceux qui vivent en Iran – révélèrent Ramin et le surf aux yeux de tous. Ces femmes revinrent un an plus tard pour organiser un atelier plus structuré et partagèrent leur expérience dans un documentaire diffusé en 2014 “Into the Sea.”

Easkey Britton, qui est souvent nommée « La Mère du Surf » par les amateurs de surf iraniens, est venue en Iran par curiosité. Elle a découvert que le surf pouvait servir à unir les cultures et à générer des opportunités et des connexions pour cette communauté isolée. Le sport devint un vecteur de rapprochements interculturels et inter-économiques puisque les locaux de la région et des Européens commencèrent à venir ici pour y surfer.

Farid était un citadin qui vint pour la première fois après avoir vu les clips des cours de Britton. « J’ai été très surpris d’apprendre que l’on pouvait surfer dans mon pays, » dit-il. « Surfer était mon deuxième plus grand rêve dans la vie lorsque j’étais enfant — la liberté et la sensation de faire corps avec la beauté de la nature et des vagues. »

Et il n’est pas le seul !

Lors de la première venue de Farid dans un atelier de surf à Ramin, il y avait à peu près 12 participants. L’été dernier, il accueillait 67 personnes ! Le nombre de gens voulant découvrir Ramin a augmenté très vite, tout comme le nombre de gens attirés le côté sauvage et naturel de la région. Certains intérêts rivaux se sont hélas réveillés, de même que certaines tensions...

 

La seconde vague

Après le premier atelier de Britton, le gouvernement lança l’Association Iranienne de Surf, qui négocia un accord avec BIC Sport pour une donation de planches ainsi que la construction cabane de plage pour leur stockage. Bien que BIC Sport se soit depuis éloigné de l’association, un groupe de fans du surf iranien a choisi une approche locale pour franchir les barrières sociales et politiques au développement du surf en Iran. Les refus de visas et l’absence d’industrie en place sont les principaux obstacles à surmonter pour progresser.

Dans le même temps, Abed Fuladi, l’ambassadeur du surf à Ramin et hôte extraordinaire, rêve de construire un petit hôtel dédié au surf sur sa propriété. Pourtant, l’idée de demander de l’argent en échange de l’utilisation des planches est assez déplacé à Ramin. Ici, le partage est fondamental et gagner de l’argent sur le tourisme lié au surf n’est pas évident.
Il y a une certaine innocence dans la culture du surf qui émerge dans le village. Elle a depuis longtemps disparu des centres de surf renommés comme Hawaii et l’Australie. Ramin est un endroit où les gens partagent les vagues pour le plaisir au lieu sans appliquer « l’étiquette » stricte du surf qui existe ailleurs. Les priorités en Iran sont différentes de celles d’autres spots de surf. Ici, prendre le temps pour le petit déjeuner et le thé est plus important que d’aller surfer les vagues avant que le vent ne se lève. A Ramin on retrouve le paradis perdu du surf originel...

Cependant, les nouveaux convertis imaginent un surf porteur d’avenir. « C’est un nouveau sport en expansion en Iran, et il lui faut du temps pour s’implanter, » dit Farid. « Il lui faut également tout le soutien financier du tourisme. » Mais plus que tout, selon Farid, il a besoin « de choisir la bonne direction pour se développer avec son groupe de passionnés. »

Le moment venu, les étoiles et les marées pourraient bien s’aligner !

surf in Iran 2

Une lesson de surf à Ramin Beach. Photo de Shahab Nouri, avec la permission de Farid Gorgin.