Raid Ski-kayak dans les Fjords Norvegiens
26
juil..2018

Raid Ski-kayak dans les Fjords Norvegiens

Début avril 2018, Julien Colonge et Anthony Calvet, deux jeunes skieurs semi-professionnels, partaient au Nord de la Norvège afin de réaliser leur projet « Combø Norway ». L’idée de cette expédition était de mélanger ski et kayak, afin d’accéder par la mer à certains itinéraires de ski de randonnée. Pour cela, le nouveau kayak gonflable Full HP3 était parfaitement approprié, car il permettait de transporter, en plus des deux passagers, tout l’équipement de ski / alpinisme et de résister aux conditions extrêmes.
En attendant la sortie d’un film à l’automne, voici le récit étonnant de ce raid extrême, par Julien Colonge.

Après avoir atterri à Tromsø,, nous prenons la direction de l’île de Kvaløya, située à quelques kilomètres à l’Ouest de la ville. Nous avons en effet repéré sur Google maps deux fjords bien abrités (le Ersfjord et le Nordfjord) qui nous semblent prometteurs pour combiner ski et kayak. Mais avant de nous lancer dans des itinéraires de montagne isolés, nous devons avoir une bonne connaissance des conditions de neige et d’avalanches. Nous gravissons donc le Mont Buren, un sommet facile qui surplombe le Ersfjord, afin d’évaluer le risque d’avalanches. Celui-ci se révèle extrêmement fort (4 sur une échelle de 5) : une couche de glace agissant comme un plan de glissement a été recouverte de plus d’un mètre de neige au cours des jours précédents notre arrivée. Nous allons donc devoir adapter nos itinéraires et éviter les pentes supérieures à 30°.

Nous préparons donc le kayak afin de nous avancer dans le Ersfjord et de repérer un itinéraire avec des pentes faibles et peu exposées. Malheureusement, les abords du fjord sont très raides avec des traces de grosses avalanches récentes. Nous sommes donc contraints d’abandonner l’idée de skier dans ce fjord. Nous en profitons donc admirer les paysages depuis notre kayak et nous lancer dans une partie de pêche à la morue. Anthony pêche un joli spécimen qui fera notre dîner !

 

 

Après avoir passé une nuit très fraîche en regardant les aurores boréales depuis notre tente, nous prenons la direction du Nordfjord. Le temps est absolument parfait, et quelques plaques de glace recouvrent le fond du fjord. Nous décidons de traverser le fjord pour rejoindre un ancien ponton repéré aux jumelles, et de grimper le Rødfjellet, un petit sommet peu skié, mais recouvert d’une neige poudreuse sans aucune trace. Notre drone a pris froid dans la tente pendant la nuit précédente, et il refuse de décoller depuis notre kayak ! Tant pis, les paysages resteront néanmoins gravés dans nos mémoires.

Après cette belle journée sans croiser personne, nous prenons la direction des Alpes de Lyngen, région montagneuse connue pour ses superbes couloirs tombant dans la mer. Cependant, des connaissances sur place depuis quelques jours nous informent que les conditions de neige sont extrêmement dangereuses : des faces entières de montagnes partent en avalanche à la moindre surcharge, rendant une grande partie des itinéraires inaccessibles. Nous conduisons jusqu’au village de Russelv, au nord de la péninsule, où les pentes des montagnes sont plus faibles, mais où la houle est plus forte. Ce jour-là, elle est même suffisamment formée pour qu’un groupe de surfeurs profite des belles vagues déroulant au pied des montagnes enneigées. Notre kayak restera donc au chaud pour cette journée.

 

 

Le lendemain, nous rejoignons le village de Svensby, au sud duquel la péninsule est séparée par un fjord parfaitement abrité. C’est là que se trouve le « Godmother couloir », le plus célèbre couloir des Alpes de Lyngen, une faille de 1200m entre 2 parois abruptes et seulement accessible par bateau ! Nous décidons de traverser le fjord et de partir en repérage sur une pente voisine. De forts signaux d’avalanche nous font rebrousser chemin. Après avoir retraversé le fjord et avoir manqué de nous renverser au moment de débarquer, nous établissons un campement juste en face du couloir avec dans l’idée de faire une tentative le lendemain. Malheureusement, il se met soudainement à neiger, rendant cette ascension dangereuse par manque de visibilité. La météo s’annonçant très compliquée pour les prochains jours dans cette région, nous changeons complètement nos plans, et prenons la direction des îles Lofoten, plus au Sud, où la météo s’annonce plus clémente.

Lors de mon premier voyage aux îles Lofoten en 2014, j’avais en effet repéré plusieurs sommets uniquement accessibles par bateau. Cela correspond donc parfaitement à ce que nous recherchons ! Notre premier objectif est le pic du Langstrand, situé de l’autre côté du Austnesfjord par rapport à la ville de Svolvaer. Le matin, une panne de voiture nous oblige à démarrer directement en kayak depuis notre camping, transformer une traversée de 30 min en 3 heures de navigation face au vent glacial. Quelques aigles pêcheurs tournent autour de nous, et la vue sur les montagnes environnantes est à couper le souffle ! Arrivés face à notre itinéraire de montée, nous remarquons des signaux d’avalanche menaçants. Nous activons donc notre plan B, et nous rabattons donc sur le Geitgallien, un sommet classique de l’archipel. Malgré nos combinaisons étanches, nous sommes transis de froid, et il nous faut 30 minutes après avoir débarqué pour sentir de nouveau nos extrémités. Notre choix s’avère payant, et nous faisons les premières traces dans le couloir Sud du Geitgallien. Le retour en kayak est plus facile, car le vent s’est calmé, et la marée descendante nous pousse tranquillement jusqu’à notre destination.

Nous prenons alors la direction d’Henningsvaer, l’un des villages de pêcheurs les plus typiques de l’archipel. Les séchoirs à morue sont pleins à cette époque, emplissant l’air d’une odeur bien particulière. Nous avons repéré un couloir face au village, et de nouveau seulement accessible par la mer. Lors de la mise à l’eau du kayak, une loutre de mer vient gentiment nous saluer. Nous longeons la côte sur plusieurs kilomètres, et la houle commence à forcir, car nous ne sommes plus abrités par les îles sur lesquelles est construit le village. La côte est très rocailleuse et sans aucun abri. Nous sommes donc contraints d’abandonner cet itinéraire et nous rebroussons chemin. Comme d’habitude, nous avons un plan B, et nous rejoignons un couloir plus fréquenté sur le flanc Ouest du Festvågtinden. Les conditions de neige sont parfaites, et skier face à l’eau turquoise des fjords est un moment tellement incroyable et privilégié !

 

Après ces belles journées, la température grimpe subitement dans tout le Nord de la Norvège. La couche de neige s’alourdit, et provoque des avalanches énormes sur toutes les expositions. De la pluie est même prévue pour nos derniers jours sur place. Nous faisons tout de même halte sur l’île de Senja. Les fjords sont orientés vers l’Ouest et la houle y est forte. L’endroit n’est pas idéal pour le kayak, que nous troquerions bien pour une planche de surf pour quelques heures ! Après une dernière randonnée sur les flancs du Segla, la montagne iconique de l’île, il faut se rendre à l’évidence, le printemps arrive. Il est temps pour nous de rentrer à Tromsø, fatigués après ces 2 semaines intenses, mais absolument ravis de notre expérience.

Comme sur chaque voyage basé sur une activité d’extérieur, nous avons dû constamment nous adapter aux conditions météorologiques. Les conditions de neige ou de houle ont parfois rendu compliqué le choix de nos itinéraires, mais quel privilège d’avoir réussi à réaliser ce projet ! Nous sommes revenus avec des souvenirs plein la tête et une multitude d’idées pour mélanger le skier à toutes sortes d’autres activités !

Texte et crédits photos Julien Colonge